J’ai toujours voulu

Image : https://www.randonades.com/sites/randonades.fr/files/styles/diaporama_accueil/public/photo_panoramique/pays-basque-16.jpg?itok=Vica7ezK

 

J’ai toujours voulu…

j’ai toujours voulu exorciser le mal qui est en moi
je n’ai jamais oublié les démons
enfouis en dessous du lit
le soir je me cache
et sous la couette
je scotche mon coeur
pour faire taire les cris de détresse
je veux oublier un futur qui me fait déjà peur

faut-il assembler les mots afin de consolider le déni
faut-il voir au-delà, derrière ce qui est, et ce qui n’est pas
taper du poing sur la table pour ébranler les certitudes
briser les barrières et expulser de soi ces pensées
essayer pour une fois de déchirer la camisole
parfois l’on crie
l’on hurle à la nuit notre douloureuse absence
et comme unique réponse l’écho des falaises :
Seul. Seul. Seul.
nous sommes des milliards
mais au fond nous sommes seuls
de plus en plus
nous pointons à l’usine
Seul.
chez soi, face aux écrans
Seul.
en famille
Seul.
Seul, totally alone
avec ses brisures dans un monde déréglé

j’aime imaginer qu’ailleurs il fait beau sur les nuages
le ciel y ressemble à un étrange ballet
et les étoiles brillent par intermittence
ailleurs, l’on pose ses valises pour le long terme
on en en oublie les scories d’un parcours difficile
l’étrangeté de la vie qui nous tombe sur les épaules
le poids d’un sac à dos trop lourd
Qui nous ratatine
je ne comprends pas bien les colères muettes
les regards sans âme
les mots-papier de verre qui écorchent
et les mots-braises
qui brûlent comme une torche
et toujours
mon cœur que je scotche
jour après jour

avant
au temps des oiseaux heureux et des fruits généreux
de la fluidité d’un monde plus simple
nous lisions Mallarmé, Baudelaire et Nerval
je t’avais toi sur les chemins montagneux
je t’avais toi sur la route du Pays Basque
puis tu t’es évaporée dans la nuit
alors j’ai pris mon sac à dos trop lourd
mes bouquins mes jambes et mon bâton
et je marche, non plus seul, mais avec
Ceux qui ont marché
Ceux qui marchent
Ceux qui marcheront jusqu’à Santiago
une force mouvante
épaisse comme la croute terrestre
des milliers de pèlerins ensemble
un fluide continu sur des kilomètres
qui condense
les larmes la joie la souffrance la douleur
la fatigue la force la légèreté
tout un maelström de possibilité

j’avance et je souhaite un futur où
le sourire reviendra sur les sentiers
où le ciel retrouvera sa noblesse
et ses mille couleurs

Laisser un commentaire

Pin It on Pinterest