Sur la Terre des Ancêtres

À force de marcher,
J’ai le dessous des pieds, tanné.
Je me dis, accoudé au sentier, que…

L’Homme a la peau dure
Dure comme une pierre
Parfois les pierres se fendent
dans le froid d’un matin gris

Nous sommes aussi de l’eau
Nos souvenirs se répandent
dans le torrent de nos mémoires

Il y avait le portrait de grand-mère
et les perroquets qui s’envolaient
les musiciens du soir
et les poètes de l’hiver
ceux qui chantaient pour un café
la misère de tout un peuple
envoyant le temps d’une soirée
la tristesse au fond de la mer

Le long de la terre mouillée
La boue et les feuilles mélangées
J’ai expulsé le cri gardé en moi
Loin, derrière, je ne sais plus
Maintenant —  l’heure de vivre à nouveau
Au mitan d’une vaine existence

Où sont les jacarandas, les iris
les forêts de notre enfance,
les insectes du temps jadis ?

Le pays disparaît dans les larmes,
les cases s’effritent, et les âmes se consument
Tous les jours, le monde, un peu hagard, sème
un petit bout à droite à gauche
Le feu dévore les montagnes
En moi la brûlure du rhum
Une incertaine amertume

À l’ombre de la véranda
la voix de Cesária Évora
résonne comme un chant funèbre
Tandis que l’île s’évapore
dans une sempiternelle aurore

Sa voix chaude, inoubliable, me rappelle
après les longues pluies, les arcs-en-ciel
Les femmes de mon enfance
ma mère, ma sœur, mon amante
et je pense à toute notre descendance
qui coulera dans le bleu-nuit des océans

La tempête
brisera leurs os fragiles
et leur frêle silhouette,
Seul le silence des matins gris
rythmera notre existence

Avant, l’eau coulait lentement près de toi
On dansait, on buvait, on riait sur le sable fin
Le fleuve s’ouvrait vers des îlots possibles,
au delà des étoiles et des souvenirs,
au plus profond de ton être
loin des lamentations volées
à l’incertitude des choix passés

Aujourd’hui, je bois ce dernier rhum
en compagnie du fantôme
de Pablo Neruda
On trinque
À la vie
Car la vie est un rêve,
et les rêves nous survivront

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